« Une ligne entraîne l’autre, toujours… je dessine quelque chose qui me donne subitement l’idée de dessiner quelque chose d’autre qui me donne aussitôt l’envie de dessiner, etc. Voyez-vous, je dessine, puis je réfléchis. Pour moi, c’est une activité littéraire, morale. »
Saul Steinberg

11.3.11

À ses côtés lointains

— « C’est sur cette hauteur que je me promenais, marchant à ses côtés, avec une femme que je n’avais pas revue depuis plusieurs années, et vers laquelle à nouveau je m’étais senti attiré. Passant devant de gaies petites gloriettes nichées sous les sapins et les feuillus, nous montions à pas lents vers la forêt en suivant un clair chemin. De temps en temps, j’épiais quelques signes d’aménité sur le beau mais froid visage de la femme, sans y déceler toutefois la moindre nuance de sympathie. Son visage restait morose, presque renfrogné, et ne témoignait aucune joie au gracieux spectacle de la nature. Aussi charmante qu’indifférente, elle cheminait à côté de moi et en répondait qu’à contrecœur et avec mauvaise humeur, ou même pas du tout, à tout ce que je lui proposais. »
— Dis, Maurice, crois-tu que cette femme a changé, ou est-ce l’éloignement dans le temps qui en avait modifié la perception, en l’idéalisant, ou ne l’a-t-il jamais aimé parce que si mal aimable ?
— La troisième solution, parce que si mal aimable.
Léa s’étonne de la sûreté de la réponse de Maurice. Elle marque une pause en le regardant jouer avec Ristourne, et poursuit sa lecture en silence.
« — Vous êtes fâchée, osai-je lui dire.
— Cela pourrait-il seulement vous blesser ? J’ai de la peine à le croire, car vous m’avez oubliée depuis longtemps. Plaisant de se revoir, n’est-ce pas ? »