« Une ligne entraîne l’autre, toujours… je dessine quelque chose qui me donne subitement l’idée de dessiner quelque chose d’autre qui me donne aussitôt l’envie de dessiner, etc. Voyez-vous, je dessine, puis je réfléchis. Pour moi, c’est une activité littéraire, morale. »
Saul Steinberg

11.3.11

L’oncle de Turin et le nez de Léa

Maurice ne s’est pas fait si mal en tombant dans l’escalier. Il a craint pour son nez — bien que son intégrité ait déjà résisté à un nombre incalculable de gadins. Léa le lui a soigné en parlant du sien, qui se cassa dans un escalier, aussi, chez son oncle de Turin, qui était médecin. « Ça tombe bien » lui avait-il dit. Léa aimait cet oncle, alors elle lui pardonnait son humour.
On disait dans la famille que cet oncle avait appris à relativiser.
Léa, elle, apprit à aimer son nez, à la longue. Maurice l’a toujours aimé ce nez tout cabossé. Comme l’hôpital qui se moque de la charité, répondait Léa.