« Une ligne entraîne l’autre, toujours… je dessine quelque chose qui me donne subitement l’idée de dessiner quelque chose d’autre qui me donne aussitôt l’envie de dessiner, etc. Voyez-vous, je dessine, puis je réfléchis. Pour moi, c’est une activité littéraire, morale. »
Saul Steinberg

11.3.11

Alain, à cheval, dans un costume anglais

Après la visite d’Alain à Joséphine — en tout cas ce qui se résume pour l’instant à Joséphine —, après que Léa lui a servi des cookies et du chocolat chaud, alors qu’il se retrouve dans la rue perdu dans ses pensées, sous la pluie — en tout cas le crut-il, comme il se crut à cheval, cintré dans un costume trop anglais —, Léa ouvre au hasard La Chartreuse de Parme.
Le hasard, là comme en d’autres occasions, est bonne fille.
La Chartreuse de Parme n’appartient pas à la bibliothèque du 87 boulevard de la Fraternité dont Maurice et Léa, chacun à sa façon, profitent de l’usufruit.
Léa n’a jamais lâché ce livre depuis que Sara le lui a offert pour ses 16 ans. Elle n’aurait plus besoin de le lire, mais, à l’instar d’un interprète se refusant à jouer par cœur pour rappeler sa dette vis-à-vis du compositeur, elle l’ouvre au hasard, et le livre décide de la page, chaque fois la même tant elle fut sollicitée.
— « La Fausta se mit à la fenêtre, et remarqua facilement un jeune homme fort poli qui, arrêté à cheval au milieu de la rue, la salua d’abord, puis se mit à lui adresser des regards fort peu équivoques. Malgré le costume anglais exagéré adopté par Fabrice, elle eut bientôt reconnu l’auteur des lettres passionnées qui avaient amené son départ de Bologne. Voilà un être singulier, se dit-elle ; il me semble que je vais l’aimer. »